Radiofréquence : l’Afsset pour une réduction des expositions - Actualités NetSE - Santé et Environnement

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10/11/2009

Radiofréquence : l’Afsset pour une réduction des expositions

L’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) vient de rendre son rapport sur les radiofréquences, attendu depuis la fin du « Grenelle des antennes ». Un rapport rassurant, même si les formulations du communiqué de presse sont ambiguës. L’Afsset préconise en effet « de réduire les expositions » selon le principe ALARA. Les parlementaires ont un tout autre point de vue.

par Rémi Vaugeois et Emmanuel Grenier

Dans son rapport, l’Afsset souligne que « le niveau de preuve n’est pas suffisant pour retenir en l’état des effets dommageables pour la santé comme définitivement établis ». Toutefois, elle recommande de « développer la recherche, pour lever les incertitudes » et de « cibler en priorité les études épidémiologiques, ainsi que les études sur la reproduction, le développement de l’enfant ». Elle invite aussi à « réduire les expositions au public », notamment pour les téléphones portables, « première source d’exposition ».

L’Afsset recommande aussi de « rechercher les quelques points du territoire où les niveaux d’ondes de radiofréquences sont nettement plus élevés que la moyenne, de les cartographier et de proposer une procédure pour réduire les niveaux. (…) lorsqu’une exposition peut être réduite, elle doit être envisagée ».

Dans sa communication, l'Afsset choisit clairement d'insister sur les risques. Dans le rapport lui-même, les scientifiques de l'Afsset soulignent plutôt l'innocuité des ondes et notent simplement : « Quelques études isolées ont porté sur des effets ponctuels, ce qui ne permet pas de donner une conclusion valide de l’existence de ces effets. Certaines mériteraient d’être reproduites. » (p.25)

Or, c'est précisément par cette dizaine d'études expérimentales, mettant en évidence des effets cellulaires de la téléphonie mobile, que débute le communiqué de presse de l'Afsset, qui les qualifie de « signaux indéniables » devant mener à l'action ! Notons au passage que le rapport scientifique lui-même n'a pas été mis à la disposition des journalistes lors de la conférence de presse, ceux-ci n'ayant accès qu'à l'avis de l'Afsset, beaucoup plus politique.

Lors de l’adoption du projet de loi Grenelle II, les sénateurs ont déjà proscrit (art. 72) l'utilisation du téléphone portable dans les écoles maternelles et primaires ainsi que les collèges. Toute forme de communication visant à promouvoir la vente, la mise à disposition, l'utilisation ou l'usage d'un téléphone mobile par des enfants de moins de 14 ans sera aussi interdite.

Pour le gouvernement, les « travaux (de l’Afsset) constituent un point d'étape important ». Dans un communiqué, Roselyne Bachelot-Narquin, Nathalie Kosciusko-Morizet, et Chantal Jouano se félicitent que « l'analyse des études les plus récentes confirme que l'exposition du public due aux antennes relais de téléphonie mobile n'engendre pas de risques sanitaires identifiés pour la population riveraine ». Le gouvernement indique également qu’« un appel à candidatures ouvert aux communes a été lancé le 17 septembre 2009 en vue de la modélisation et l’expérimentation de l’impact d’une baisse de l’émission des antennes relais de téléphonie mobile ». Les ministres demandent à l’AFSSET de « poursuivre son travail d’expertise par une veille scientifique concernant les études sur les radiofréquences et l’ensemble des ondes électromagnétiques ». La réduction des expositions fait aussi consensus à condition que les coûts engendrés soient « économiquement acceptables ».

Les travaux du comité opérationnel doivent d’ailleurs permettre de valider « une méthodologie d’évaluation des conséquences de l’abaissement des champs émis par les antennes relais sur le nombre d’antennes, sur la couverture, sur la qualité du service et sur l’exposition du public aux champs émis par les terminaux ».

L’office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques (OPECST) insiste davantage sur l’absence de risque sanitaire avéré. Le député Alain Gest, auteur du rapport de l’OPECST, invite cependant la France à « coordonner à l’échelle européenne les travaux sur les éventuels effets de l’usage du mobile à long terme et chez le jeune public ».

Pour garantir plus de transparence, il suggère aussi que l'installation des antennes soit soumise à un permis de construire et que les maires puissent faire procéder à des mesures de niveaux d'exposition avant et après l'installation. Même si Alain Gest remarque par ailleurs que « dans aucun autre pays, l'accent sur la dimension sanitaire de la téléphonie mobile n'est aussi fortement mis» et que la transparence y est déjà largement supérieure à ce qui se fait au Japon, en Allemagne ou aux Etats-Unis. Comme si la transparence générait l'angoisse...

En réaction à ces publications, L’AFOM (Association Française des Opérateurs Mobiles), précise vouloir « continuer de contribuer au financement de la recherche ». L’association rappelle que pour répondre au besoin d’information du public, des dépliants sont distribués par tous les opérateurs depuis janvier 2008, et qu’ils « devraient bientôt être remis à jour », suite à la publication de l’avis de l’Afsset. Questionnée sur la promesse non tenue de proposer des offres « Sms exclusive », l’AFOM répond qu’il existe aujourd’hui « des offres sms illimités » assorties « de forfaits voix de courtes durées, 40 minutes ou 1 heure » ! Quant aux opérateurs, interrogés par Net SE, ils refusent de répondre et renvoient à… l’AFOM ! Ce n’est sans doute pas avec ces méthodes qu’ils regagneront la confiance du public

Lire l'avis de l'Afsset et le rapport.