02/12/2009
La grippe A cible les fumeurs
L'Office français de prévention du tabagisme (OFT) vient de publier un livret-guide de 20 pages qui synthétise les données disponibles sur les épidémies de grippe A H1N1 (ou à d’autres virus) passées. Conclusion : les fumeurs sont exposés à un risque plus important de contracter la grippe et s'ils la contractent, d'en mourir. Ce sur-risque devrait disparaître avec la vaccination, si la grippe A se comporte comme la grippe saisonnière.
par Emmanuel Grenier
Cinq études rapportent des augmentations de risque de grippe allant de 21 à 59%. Elles portent sur des épidémies de grippe A (H1N1) ou A2 (H3N2) et ne concernent donc pas le virus actuel. Par contre, elles convergent toutes vers un sur-risque significatif.
Ce sur-risque peut d'abord s'expliquer par les pratiques antihygiéniques des fumeurs : le fumeur manipule son paquet de cigarettes, met les doigts sur sa cigarette avant de la porter à ses lèvres. Par ailleurs, il est bien établi par des études toxicologiques que la réaction inflammatoire des bronches est plus forte et plus précoce lorsque l'exposition au tabac a précédé l'exposition au virus.
Cette deuxième raison explique aussi que les fumeurs soient plus sévèrement touchés par la grippe. On sait déjà que, en dehors des épisodes grippaux, le tabagisme multiplie par 2,6 le risque de souffrir d'une pneumonie à pneumocoque, qui est la complication la plus fréquente de la grippe. Les études menées sur des épidémies de grippe A H1N1 dans l'armée israélienne établissent que les grippes sont plus graves chez les fumeurs et leurs symptômes plus marqués.
Enfin, les données sur la mortalité sont parcellaires, mais semblent indiquer un doublement de la mortalité chez les fumeurs. Une étude thaïlandaise portant sur 466 cas confirmés de grippes A (H3N2), A (H1N1) et B trouve un pourcentage de décès de 4% chez les non-fumeurs. Ce chiffre monte à 15% chez les fumeurs et anciens fumeurs (sans ajustement sur l'âge). Avec ajustement de l'âge, on aboutit à un doublement du risque de mortalité. Mais l'effectif est trop faible pour que ce doublement soit significatif. D'autres études sont nécessaires, mais la précaution impose de chercher à arrêter de fumer ou de réduire son exposition au tabac.
Terminons par une bonne nouvelle pour les fumeurs, après ces sombres prédictions pour leur avenir pulmonaire : les études menées sur la vaccination grippale classique montrent que son efficacité n'est pas affectée par le tabac. Malheureusement, il semble que les fumeurs se fassent vacciner moins fréquemment que les non-fumeurs.
L'OFT rappelle aussi ce point essentiel : « Même sans grippe, le tabac rend malade et tue un de ses fidèles consommateurs sur deux ».
Des extraits du livret sont disponibles sur le site de l'OFT






