Les marées vertes sont elles toxiques ? - Actualités NetSE - Santé et Environnement

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23/12/2009

Les marées vertes sont elles toxiques ?

Net SE revient sur le problème des ulves (laitue de mer, communément appelées marées vertes). Des algues non toxiques en elles mêmes, mais dont la décomposition après échouage peut être mortelle. Mais les solutions proposées pour y faire face ne semblent pas viables.

Par Emmanuel Grenier

On a beaucoup parlé l’été dernier d’un incident survenu le 28 juillet en baie de Lannion, non loin de la plage de Saint-Michel-en-Grève. Un cheval qui s’était enlisé est mort et son cavalier s’est évanoui, ne devant son salut qu’à un conducteur de tractopelle passant dans les environs… pour ramasser des ulves.

Ces ulves ne sont pas toxiques en elles-mêmes : elles sont comestibles par l’homme et l’animal. Elles sont d’ailleurs consommées par les bigorneaux, les oursins et les ormeaux.

Par contre, elles posent des problèmes lorsqu’elles viennent s’échouer sur la grève et qu’elles se putréfient dans la vase. L’incident rappelé ci-dessus a mis en lumière le danger des émanations dues à ces ulves. Le principal composé émis par les sédiments contenant des ulves est l’hydrogène sulfuré (H2S). Il est toxique par inhalation et il peut être mortel en quelques minutes lorsqu’il atteint des valeurs élevées.

Or, les équipes de l’INERIS, mandatées par secrétaire d’Etat à l’Ecologie, ont mesuré des concentrations ponctuelles de H2S allant de quelques ppmv à 1000 ppmv. Cette dernière valeur est supérieure au seuil de mortalité. La valeur limite de l’exposition professionnelle est de 5 ppmv et de 10 pour une exposition à court terme. Dès 500 ppm, il peut se produire une perte de connaissance rapide, suivie d’un coma. Sans doute ce qui est arrivé au cavalier.

Les mesures de l’INERIS étaient certes partielles et ont été faites dans l’urgence. Dans leur conclusion, les experts affirment à leur propos : « Elles ont néanmoins montré ponctuellement que le gaz émis par les sédiments contenant notamment des algues vertes en décomposition pourvait être dangereux et qu’il convenait, en conséquence, d’en maîtriser les expositions. »

A court terme, cela signifie restreindre l’accès aux zones atteintes par la prolifération des ulves. Egalement protéger les travailleurs chargés de récupérer ces ulves en les équipant de détecteurs portables. A moyen terme, cela oblige à envisager des mesures pour empêcher la prolifération des ulves.

Des raisonnements simplistes ont conduit à accuser l’agriculture bretonne comme principale coupable. L’analyse montre que la réduction des flux d’azotes dus à celle-ci ne permettra pas sans doute pas de résoudre le problème.

La prolifération des ulves est en effet un phénomène ancien, rapporté dès le début du XXème siècle sur les côtes de la Manche. Il apparaît dans des conditions géomorphologiques et hydrodynamiques bien particulières : plages de sable à faible pente et piégeage de l’eau en fond de baie, avec une faible dispersion des masses d’eau vers le large. De nombreuses régions du monde le connaissent aussi : fjords de Norvège, lagunes de Venise et de Tunis, Sénégal, Cuba, Chine, Pays-Bas, Danemark, etc.

On fait souvent un lien entre cette prolifération et l’agriculture intensive, mais ce lien est loin d’être prouvé. Il y a en effet des contre-exemples, comme le cas de la baie de Lannion, principal lieu de prolifération des ulves. L’agriculture présente sur les bassins versants de cette baie est peu intensive : pratiquement pas d’élevage hors sol et présence abondante de prairies de longue durée. A l’inverse, les baies qui reçoivent le plus d’azote du fait des activités agricoles, comme la baie de la Vilaine, ne sont pas ou peu touchées par le phénomène.

On a évoqué l’hypothèse de l’influence des apports d’azote pendant le mois de juin. Mais les inventaires réalisés par Michel Merceron à l’IFREMER en 1997-1998 montrent au contraire qu’il y a anticorrélation entre les apports d’azote (faibles à cette époque) et la biomasse totale des ulves. De plus, des chercheurs comme Guy Barroin, de l’INRA estiment qu’il faut chercher plutôt du côté du phosphore.

Comme souvent en matière environnementale ( exemple des disparitions massives d’abeilles) il est sans doute multifactoriel. On cite la diminution des consommateurs d’ulves après les marées noires de 1976 et 1978 qui ont affecté les côtes Nord de la Bretagne ; le développement important de la mytiliculture dans certaines baies, qui a affecté les courants et les flux organiques ; l’accumulation de phosphore due à l’agriculture et aux eaux usées urbaines (urines, lessives avec phosphates, etc.).

Se contenter de chasser l’azote des fleuves bretons risque donc de ne pas résoudre grand chose.