Monoxyde de carbone : des morts évitables - Actualités NetSE - Santé et Environnement

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14/01/2010

Monoxyde de carbone : des morts évitables

Les intoxications au monoxyde de carbone sont la première cause de mortalité accidentelle par toxique. Ces drames sont devenus tellement habituels qu’ils passent inaperçus. Pourquoi cette indifférence des militants et des médias ?

Par Emmanuel Grenier

80 personnes intoxiquées dans le Pas de Calais, 165 en Alsace, 38 enfants en Seine Maritime, deux morts à Vesoul, ce n'est qu'un court extrait du bilan de ces deux derniers mois. Le coupable ? Le monoxyde de carbone. Un gaz incolore et inodore généré lors d’une combustion incomplète, et ce, quel que soit le combustible utilisé : bois, butane, charbon, essence, fuel, gaz naturel, pétrole, propane.

Chaque année, la Direction générale de la Santé répète ses consignes de sécurité : les groupes électrogènes ne doivent jamais être installés dans un lieu fermé (maison, cave, garage…). Les chauffages d’appoint à combustion ne doivent jamais être utilisés de façon prolongée. Il ne faut jamais obstruer les grilles de ventilation dans les pièces où sont installées les chaudières, même et surtout par grand froid. A l’inverse, il faut continuer à aérer quotidiennement son habitation par grand froid.

Malgré ces consignes, l'hécatombe continue : chaque année, environ 5 000 personnes sont victimes en France d’une intoxication au monoxyde de carbone ; 1 000 d’entre elles doivent être hospitalisées, ces accidents pouvant laisser des séquelles à vie ; une centaine en décède. Le Bulletin épidémiologique hebdomadaire a récemment fait un bilan des conséquences.

Comment expliquer qu’une telle hécatombe ne mobilise pas davantage ? Les groupes écologistes qui sont prompt à se mobiliser sur des substances dont la toxicité est encore incertaine restent parfaitement silencieux sur le sujet du monoxyde de carbone. Est-ce parce qu’il ne provoque pas de cancer , tuant par asphyxie? Est-ce parce que les centrales nucléaires n’en produisent pas ?

Peut être parce que les écologistes ont souvent été sensibles aux sirènes du lobby du gaz. Michèle Rivasi, ancienne présidente de Greenpeace France, aujourd’hui eurodéputée d’Europe Ecologie, n’hésite pas à écrire que « le gaz naturel est l’énergie virginale par excellence »1. Pourtant, ce sont souvent des appareils fonctionnant au gaz qui provoquent des pollutions toxiques au monoxyde de carbone...

Une agence sanitaire comme l’Afsset n’aborde guère le sujet, considérant sans doute qu’il est scientifiquement bien établi. Elle se contente de publier des valeurs guides dans le cadre de la surveillance de l'air intérieur. Du coup, ce fléau ne retient pas assez l’attention des médias et des pouvoirs publics. Et ceux-ci ne consentent pas aux efforts de communication massive qui seraient nécessaires pour enrayer ce fléau.

Sous l'impulsion du Dr Georges Salines, directeur du Département Santé Environnement de l’institut de veille sanitaire (InVS), les choses bougent pourtant. Suite à un rapport qu'il a préparé pour le Conseil supérieur d'hygiène publique, l'InVS a mis en place depuis 2005-2006 un système de surveillance qui donne ses résultats dans un bulletin publié tous les 15 jours sur le site de l’Institut. Un premier pas indispensable pour la prise de conscience publique de l'ampleur du phénomène.

1. Conclusion (page 305) du livre Ce nucléaire qu'on vous cache de Michèle Rivasi et Hélène Crié, (Editions Albin Michel).