14/01/2010
Souffrance au travail: l'étau se resserre
Les pouvoirs publics commencent à prendre la mesure des souffrances générées par les méthodes « modernes » de management mises en place dans les deux dernières décennies. Et à en mesurer le coût sociétal et économique pour le pays. Mais elles tardent à prendre des mesures à la hauteur du problème.
par Emmanuel Grenier
Le stress au travail aurait coûté en France de 1,9 à 3 milliards en 2007, en incluant les "dépenses de soins, celles liées à l'absentéisme, aux cessations d'activité et aux décès prématurés", selon une étude conjointe de l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS) et d’Arts-et-Métier-Paristech. Et encore, selon les auteurs eux-mêmes, ce chiffre est très largement sous-évalué puisqu’il ne prend en compte que certaines maladies et certains types de stress.
On sait donc que l’impact est considérable et que les « économies » réalisées par les méthodes de management se traduisaient en pertes considérables pour la société. Imposées par la mondialisation financière, ces méthodes favorisent la création d’un revenu maximal pour l’actionnaire tout en détruisant la substance de l’entreprise individuelle.
Les auteurs de l’étude soulignent qu’il faut ajouter à ce coût pour la société « toute la dimension du coût pour l'individu, et en particulier la souffrance et la perte de bien-être que le stress occasionne ». Une souffrance qui peut aller jusqu’à l’extrême du suicide ou du meurtre des employeurs.
La réforme de la médecine du travail annoncée le 12 janvier par le ministre du Travail Xavier Darcos ne sera pas suffisante pour enrayer cette évolution délétère. Même si la prévention primaire des risques professionnels est affichée comme un objectif central , on ne fait pas encore de lien direct entre l'appât du gain démesuré des spéculateurs et la soufrance des cadres, des employés et des ouvriers salariés
Lors de la dernière réunion de l'Organisation internationale du Travail, en juin à Genève, le Président Nicolas Sarkozy affirmait : «On ne règlera rien, si on ne règle pas d'abord la question du capitalisme financier qui impose à l'économie et à la société son propre système et ses propres normes». Mais il n'est pas encore passé aux actes.
Toutefois, la prise de conscience de l’étendue du problème avance : la commission parlementaire de l’UMP a rendu récemment un rapport très complet. Et la mission d'information sénatoriale sur le mal-être au travail vient d’entamer ses travaux, qui devraient aboutir en juin 2010.






