21/01/2010
La manipulation de l’Afsset est confirmée
Trois Académies (de Médecine, des Sciences et des Technologies) se sont prononcées sur le sujet de l’exposition aux ondes des antennes-relais. Elles s’appuient essentiellement sur le rapport scientifique de l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) qui fait unanimité. Et rejoignent le député Alain Gest pour contester la présentation politique qui en a été faite. Une manipulation confirmée par les auteurs du rapport.
Par Emmanuel Grenier
Net SE a déjà souligné le malaise créé dans la communauté scientifique par la divergence entre la teneur du rapport de l’Afsset et la présentation politico-médiatique qui en a été faite par les dirigeants. Les trois Académies ont jugé la situation suffisamment grave pour former un groupe de travail de huit personnes qui a publié ses conclusions le 17 décembre dernier.
C’est un texte de deux pages, intitulé « Réduire l’exposition aux ondes des antennes-relais n’est pas justifié scientifiquement. ». Les académiciens y analysent la différence entre le rapport scientifique, rassurant, et sa présentation publique qui joue plutôt sur l’inquiétude. Les auteurs regrettent que Martin Guespereau, directeur de l'Afsset, n'ait pas insisté lors de la présentation publique de ce rapport en octobre 2009 sur les aspects rassurants, mais au contraire sur les onze études rapportant des effets biologiques
A mots couverts, il est reproché au directeur de l’Afsset d’avoir cédé à des pressions politiques venues du ministère de l’Ecologie : il s’agissait de ne pas fâcher les associations et de leur faire admettre un rapport qui contredisait par ailleurs l’essentiel de leurs assertions.
Mission accomplie puisque les associations ont pour la plupart salué ce rapport de l’Afsset, en tout cas la synthèse qu’en a donné la direction. Il semble en effet que les associations Priartem ou Agir pour l’Environnement n’aient pas lu le rapport lui-même…
Le directeur de l‘Afsset a choisi de traiter cette contestation par le mépris : « Les trois Académies estiment qu'il ne faut rien faire. C'est une opinion ». Il n’a pas souhaité répondre aux questions de Net SE à ce propos. A l’Afsset, on martèle que c’est une polémique inutile et que le directeur n’a fait que présenter les vues des scientifiques. On préfère insister sur le rapport lui-même : « C’est un socle de science. Jamais on n’avait été aussi loin dans la synthèse scientifique sur le sujet. C’est ça qui est le plus important. Après, tout le monde peut s’en emparer et les perceptions seront forcément différentes. »
Si Net SE revient sur le sujet, c’est qu’un nouvel élément est intervenu avec la publication dans la dernière livraison de la Lettre de l’Académie d’une tribune : « Parole de scientifiques; 2 co-auteurs du rapport de l’Afsset sur les radiofréquences s’expriment »
Et d’emblée, cette tribune dément les propos de l’Afsset : « La présentation du rapport d’expertise collective de l’Afsset sur les radiofréquences, le 15 octobre 2009, a suscité stupéfaction et incompréhension dans le milieu scientifique concerné. »
Anne Perrin et Catherine Yardin, les deux co-signataires, sont les biologistes qui ont introduit les fameuses « onze études » dans le rapport scientifique de l’Afsset. Pour elles, c’est très clair : « Un discours alarmiste s’appuyant sur ces études pour justifier des actions est infondé. » Or, l'Afsset titre sur le sujet en "appell[ant] à réduire les expositions".
Et si elle explique dans son communiqué de presse qu'il n'y a pas de problèmes sanitaires, c'est de façon pour le moins ambiguë : « Au total, le niveau de preuve n’est pas suffisant pour retenir en l’état des effets dommageables pour la santé comme définitivement établis. Pour l’Afsset ils constituent des signaux indéniables. Face à ces incertitudes l’Afsset considère qu’il convient d’agir. » (souligné par l'Afsset)
Les scientifiques précisent leur désaccord sur la méthode : « Parmi les 226 études biologiques analysées, il est étonnant que seules les 11 études méthodologiquement correctes faisant état d’un effet biologique soient évoquées de manière récurrente, alors que les 86 autres études – également rigoureuses – ne montrant pas d’effet sont marginalisées. Or, ces 11 études, après analyse détaillée, ne constituent pas un « signal d’alerte », elles ne convergent pas vers un effet cohérent et elles n’ont pas été répliquées. »
Les deux scientifiques concluent « Nous souscrivons à l’avis des trois académies de médecine, sciences et technologies qui pointent du doigt le hiatus entre le contenu même du rapport, ses conclusions et la communication dont il a fait l’objet. » Quand Martin Guespereau affirmait en réponse aux Académies qu’il n’y a « pas l’épaisseur d’une feuille de papier en cigarette entre ce que disent les experts et ce que dit l’Afsset », il avait donc raison. C’est une encyclopédie qui les sépare !
Les scientifiques comprennent parfaitement que l’Afsset, agence gouvernementale, soit soumise aux pressions politiques, mais elles réclament davantage de transparence vis-à-vis des citoyens : « Une restitution claire et transparente de l’expertise scientifique aux citoyens est indispensable, séparée de la présentation des choix de gouvernance de la société. » Une conclusion valable pour tous les rapports scientifiques traitant de sujets sensibles pour la société.






